jeudi 14 juillet 2011

Tableaux indiens

Voici quelques scènes qui m’ont marqué tout au long de mon voyage. Certaines sont amusantes, mais la plupart témoignent plutôt des conditions de vie difficiles auxquelles sont confrontés les indiens.

(Delhi) Vers je ne sais plus trop où, en touk-touk, se trouve une mendiante et ses deux enfants au coin d’une rue. Elle n’a pour seul numéro qu’un tambour sur lequel elle frappe quelques coups, tandis que son fils s’amuse à faire tourbillonner le pompon de sa tuque autour de sa tête. Un bébé pleure à ses côtés. Elle demande quelques sous aux voitures arrêtées, que personne ne lui offre.


(Delhi) En marchant vers mon hôtel, à travers le brouhaha, un marchand réussit à me faire entendre qu’il vend de l’encens. Je m’approche, demande ce qu’est du sandalwood et combien il vend son produit. Puis je me ravise : je n’ai aucune envie de transporter un paquet de bâtons pendant encore trois semaines, surtout je ne l’utiliserai probablement jamais. Tandis que je m’éloigne, le prix chute, l’homme à barbe blanche désespéré de vendre ses bouts de bois. Je réalise à ce moment que la ruelle où se trouve mon hôtel est juste en face. Je fonce dans la forte odeur d’urine, le vieil homme offrant maintenant l’encens à une fraction du coût initial.


(Leh) Un marchand de viande trie les morceaux de chair qui s’étalent sur son comptoir (il fait environ 28°C). Les pièces qu’il considère avariées sont lancées sur le sol à sa gauche, où se trouve un chien ravi du festin qui lui est offert.


(Delhi) J’en suis à la dernière étape de ma visite au temple d’Akshardam. Devant moi, un garçon se tourne vers son frère et demande :
«Tu crois que je peux lui parler?».
«Bien sûr», répond le frère.
Le garçon, les yeux brillants, se tourne vers moi et lance :
«Hello!»
«Hi!», que je lui réponds.
«Which country from?»
«Canada. Do you know where Canada is?»
Il demande un peu d’aide à son frère pour comprendre la question, puis finit par répondre que non.
S’ensuit un échange de sourires, de phrases lancées en l’air de part et d’autre, de regards d’incompréhension. Il a l’air très content de m’avoir parlé.
   

(Khajuraho) En revenant du troisième et dernier temple du «groupe de l’est», une femme se penche et joint ses mains pour recueillir la plus grande quantité possible de bouse de vache. Il est tôt le matin, mais il fait déjà chaud. La bouse coule entre ses doigts. Elle se dépêche d’en mettre le plus possible dans bol. Elle l’utilisera probablement comme combustible une fois séchée.



(Leh) En revenant du rafting, le chauffeur nous a arrêtés dans un musée qui porte sur l’éternel conflit qui oppose l’Inde au Pakistan et à la Chine sur la frontière du Cachemire. L’endroit étant totalement inintéressant, je sors après une vingtaine de minutes, en espérant que mes compatriotes indiens en feront autant.
Dehors, il fait  chaud, peut-être 30°C (nous sommes à 3500 m d’altitude). Des employés s’affairent à plâtrer au mur sur le côté du musée. Ils sont cinq :
·         Une femme ajoute un peu d’eau au plâtre, le mélange légèrement, puis dépose la substance dans un bol;
·         Une seconde femme prend le bol puis le place sur sa tête, assistée de sa collègue;
·         Une troisième attend patiemment que le bol arrive à sa hauteur, puis, du haut de sa plate-forme, aide la femme qui pousse le bol vers le haut.
·         Le plâtre est placé en alternance à gauche et à droite, où deux hommes s’appliquent à l’étendre sur le mur.
·         Le manège recommence.

(Jaipur) Je viens de terminer la visite du Fort d’Amber. Au bas de la colline se trouve un homme qui vend des chapeaux traditionnels plutôt chouettes. Je crois entendre qu’il les vend quinze roupies (33), je m’approche et demande quel est le prix, pour vérifier. 1500 roupies. Je ne suis pas intéressé, je m’en vais. Le prix passe de 1500 à 1300, à 1000, à 800, à 500, pour finir à 150. Je n’ai pas dit un mot et ai tout de même obtenu un rabais de 90%. Je suis le premier client de la journée : il est 13h30.


(Khajuraho) Je me suis réfugié à la piscine d’un hôtel cinq étoiles pour ne pas mourir de déshydratation dans cette chaleur suffocante. Je suis le seul client à la piscine. Quelques oiseaux exotiques volent au-dessus de moi, des singes font même une courte apparition. Un peu plus loin, trois employés tondent le gazon. Ils ont une toute petite tondeuse manuelle qu’un d’entre eux pousse puis ramène. Un autre ramasse le gazon fraîchement coupé dans un sac. Le troisième se repose, va et vient entre l’hôtel et le jardin. Ils alternent de rôle de temps à autre. En un après-midi, ils ont coupé quelques mètres carrés de gazon seulement.


(Varanasi) En retournant vers mon hôtel, je décide finalement de me tourner vers un jeune garçon qui vend une sorte de biscuits, l’un parmi tant d’autres à vendre la même chose sur le bord de la rue. Je demande d’abord si je peux goûter, puis combien ça coûte. Il me répond que ça coûte 100 roupies. Je lui dis que je n’en veux qu’un seul avant de croquer dans celui que j’ai dans la main. Je lui tends un billet de 10 roupies (le prix devrait être de 2-4 roupies), puis lui demande le change. Il demande encore 100 roupies. Je lui dis gentiment que non, pas question, ça ne vaux pas plus de 5 roupies. Son petit frère approche et confirme le prix : 100 roupies. Je décide de ne pas attendre mon change puis part, tout de même vexé qu’il ose vouloir m’arnaquer à ce point là. Le plus jeune me suis, «100!, 100!». Je finis par perdre patience, lui lance une petite insulte en anglais, puis il me laisse finalement tranquille.


(Pushkar) Je me suis assis à l’ombre, près des marches qui mènent au lac sacré, où quelques personnes se baignent. Un homme et son fils s’approchent de moi, me demandent d’où je viens. Puis, je crois comprendre qu’il aimerait savoir comment on se trouve un emploi au Canada. J’essaie de lui expliquer qu’immigrer au Canada est un processus long, compliqué et sûrement frustrant. Je lui demande ce qu’il fait comme travail ici, à Pushkar, mais je n’ai que de vagues réponses incompréhensibles, son anglais étant très limité. Je pense qu’il va rester en Inde.


(Delhi) Je suis en route vers l’aéroport, d’où mon avion décolle tôt le matin. Il est trois heures et le chauffeur qui m’y conduit klaxonne contre tout et rien. Sur le côté de la rue se trouvent d’innombrables sans-abris, qui dorment paisiblement parmi les vaches, les déchets et les chiens errants. Leur vie se déroule dans une pauvreté extrême parmi la chaleur, le bruit et les excréments. Je suis en route vers l’aéroport.

1 commentaire:

  1. Merci pour ces carnets délicieux! Tantine est fière de son neveu. Tu écris admirablement, j'adore te lire. Bon retour!

    RépondreSupprimer